L'origine de la violence, Fabrice Humbert

Publié le par La cerise

Note générale: 4/5
Fun factor: 3,5/5

Pour une fois et en l'honneur de la sacro-sainte "rentrée littéraire", je cède aux sirènes du "tout nouveau, tout beau" ... oui, malgré mon projet initial pour ce blog,  de temps en temps, je me sens un peu coupable de vous assommer régulièrement avec des classiques plus ou moins volumineux (même si ce sont des oeuvres immortelles évidemment).
 Voilà donc, tout frais sorti des presses et déjà lu pour vous, "L'origine de la violence", de Fabrice Humbert. En plus ça tombe bien car c'est un peu l'anti- "Sarah's key" (voir article précédent) sur le même sujet ou presque, celui du devoir de mémoire.
Quand CERTAINS romans donc, que je n'ai plus besoin de nommer ;)  cèdent à la facilité et la sentimentalité dégoulinante (bon OK j'arrête de tirer sur l'ambulance), ça fait du bien de lire un livre exigeant, un peu brouillon peut-être à force de vouloir suivre les méandres de la mémoire, mais plein de sens, fort et sans concessions.

L'histoire est celle d'un jeune professeur, issu de la grande bourgoisie tradionnelle, qui, à l'occasion d'une visite scolaire dans le camp de Buchenwald aperçoit la photo d'un détenu qui ressemble trait pour trait à son père. Troublé, il ne peut s'empêcher de mener l'enquête, malgré la réserve évidente du principal intéressé.

J'ai retrouvé dans ce  témoignage de la 2e voire 3e génération, un peu de la piété filiale mêlée d'ambivalence, de lutte pour la vérité par-delà l'émotion, qu'on voit dans l'excellente série BD "Maus " si vous la connaissez (mais bon, il n'y a pas de dessins, donc c'est un peu moins facile d'accès évidemment!).
En bref, il y a une volonté de comprendre les raisons de l'horreur (cf. le titre),  et aussi de témoigner et de rendre hommage aux victimes, mais sans les sanctifier, dans leur vérité d'hommme. 
Comme dans "Maus", la partie qui décrit le camp est très forte et rappelle "si c'est un homme" de Primo Levi, sans le côté "à vif", avec une distance qui permet plus d'analyse, et la conclusion sur la vérité ultime du camp de concentration: ce que d'autres ont très justement appelé l'effroyable banalité du mal.

Je vous rassure, ça paraît très sérieux et un peu (beaucoup) conceptuel présenté comme ça, mais c'est un roman plutôt facile à lire, écrit dans un style clair et agréable, narratif, ancré dans le réel, et  à bien des égards bouleversant.

Donc si vous avez envie de briller en société, esprit " oh oui, tu vois, j'essaie de suivre un peu l'actu littéraire" (prendre l'air faussement modeste de rigueur), cette lecture à la fois sérieuse et  passionnante est sans aucun doute une très bonne pioche!

Publié dans Critiques de livres

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