La Nouvelle Héloïse, Jean-Jacques Rousseau

Publié le par La cerise

Note générale: 5/5
Fun factor: 2,5/5

Là vous vous dites: ça y est, un autre énorme pavé illisible que je ne lirai jamais de ma vie.
Le paradoxe, c'est qu'au moment de sa publication au milieu du 18e siècle, ça a été limite le 1er best-seller en France, un phénomène d'édition un peu comparable (pour l'époque) à "Harry Potter". C'est d'autant plus bizarre qu'il se traîne aujourd'hui une réputation de bouquin lu par 2,7 personnes en moyenne tous les 10 ans.

Ne reculant devant aucun sacrifice, j'ai donc testé pour vous les 600 et quelques pages écrites en très petits caractères de "Julie ou la Nouvelle Héloïse".
Mon verdict est que c'est un bouquin absolument charmant à lire: très pré-romantique, avec une atmosphère de scène pastorale à la Watteau et un petit fond bien sympa de philosophie des lumières (et de délire rousseauiste sur la corruption des villes esprit "bon sauvage").
Surtout, il y a quelque chose de très frais dans ce livre, de radicalement nouveau, une espèce d'âge d'or des origines: avec ce roman, Rousseau innovait à l'époque sur tous les plans, et ça se sent. C'est fascinant de voir émerger dans leur "pureté originelle", des concepts qui sont aujourd'hui à la base de notre manière non seulement de penser, mais de "sentir" le monde.

Mais je reviens au pavé: comme beaucoup de romans de l'époque, c'est un roman épistolaire, uniquement composé de lettres donc, et comme vous le savez car vous avez tous lu "Les liaisons dangereuses", ça se lit plutôt bien ces petites choses-là. 
Le style, c'est du Rousseau, donc c'est très beau, très fluide, très élégant, très "introspectif" (comme je le disais, c'est un peu lui quand meme qui a inventé le concept).

Avant tout, évidemment, c'est un roman d'amour, inspiré de l'histoire médiévale d'Héloïse et Abélard , un scénario classique façon "Harlequin" qui nous fait comprendre pourquoi le roman a été un immense best-seller: une jeune et jolie élève tombe amoureuse de son jeune et beau professeur, c'est une idylle merveilleuse, passionnée et interdite, et tout ça ne peut bien sûr que mal finir.

Il faut aimer le côté super élégiaque du truc qui nous fait moins pleurer aujourd'hui qu'il y a 250 ans, mais Rousseau, qui était peut-être une personnalité égocentrique et détestable , était surtout un écrivain d'un immense talent , qui arrive à nous faire passer en live, par delà les siècles, l'émotion telle qu'on se la représentait dans les années 1770. Un peu comme un Chanel vintage, c'est un roman à la fois terriblement daté et totalement intemporel.

Enfin, quand je pense à "La Nouvelle Héloïse", je pense  à une promenade dans les Alpes, l'été,  à la fraîcheur d'un air pur et ensoleillé, noyés dans un flou idyllique... un jour où vous aurez envie de tout ça, laissez-vous donc tenter!

Publié dans Critiques de livres

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gestland 10/09/2009 13:38

ah rousseau... bon là je ne partage pas ton avis sur le style de rousseau que je trouve lourd tout l'inverse de Voltaire justement... bref j'ai trouvé la nouvelle héloïse niais à souhait mais je te rejoins, il faut l'avoir lu, si si! Il a quand même des côtés sympa que tu exposes fort bien. Je suis presque une antiRousseau, trop de prof nous l'ont célébré et par esprit de contradiction je n'aime pas ;-) Non plus sérieusement, je n'ai jamais accroché ni à son style ni à ses idées et donc voilà quoi!