La princesse de Clèves, Madame de La Fayette

Publié le par La cerise

                                                                           Note générale: 5/5 (Chef d'oeuvre)
Fun factor : 3/5 (soyons honnête, pas le plus facile à lire, mais pas si difficile non plus et pas trop long)

"La magnificence et la galanterie n'ont jamais paru en France avec tant d'éclat que dans les denières années du règne de Henri second. " ...

Pour moi, c'est vraiment une oeuvre immortelle. La Princesse de Clèves a les faveurs de l'actualité depuis quelques mois, et contrairement à d'autres, je m'en réjouis. Oui, je le dis tout de go, j'ai été indignée par le mépris que notre président actuel a témoigné pour cette oeuvre sublime. Allons-y pour le verbatim:

"Dans la fonction publique, il faut en finir avec la pression des concours et des examens. L'autre jour, je m'amusais, on s'amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d'attaché d'administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur
La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de La Princesse de Clèves... Imaginez un peu le spectacle ! En tout cas, je l’ai lu il y a tellement longtemps qu’il y a de fortes chances que j’aie raté l’examen ! "

Alors déjà, il faut le savoir, je suis attachée d'administration (sans être guichetière, parce qu'en théorie les attachés sont  rarement guichetiers). Vous imaginez donc la fournaise de mon indignation. Si je suis passionnée par la lecture, c'est que je prends la littérature au sérieux, contrairement à notre président. Comme le disait en substance Proust, c'est l'art, ce sont les livres, qui font de nous des hommes, qui nous rattachent à la part spirituelle, la part vraiment humaine en nous. Et c'est pour cette raison qu'il est VITAL que des chefs d'oeuvre soient aux programmes de l'enseignement et des concours. Donc voilà, ça, c'est dit.

Ensuite, en tant qu'attachée d'administration, je vais vous donner le "spectacle" de mon opinion sur La Princesse de Clèves, afin que vous n'ayez pas à l'imaginer :)

Comme le montre l'incipit cité ci-dessus, le style de ce livre est d'une beauté incroyable. La sobriété classique se mêle à une élégance gracieuse, pour décrire le monde fascinant de la cour de Henri II :  un monde de beauté, de richesse, de jeunesse, d'éclat. La princesse de Clèves, en fait,  c'est un peu les "beautiful people" du XVIe siècle,  ou encore Gossip girl (la série, je précise) au château de Chenonceau.

Le sujet du roman est en fait essentiellement moral (ce qui explique peut-être que les gens aujourd'hui le comprennent si peu): que doit faire une âme pure dans un monde de "magnificence et  de galanterie"? L'amour, le vrai, le seul qui compte est-il possible dans cet univers brillant mais où l'apparence et la compétition sociale (encore elle, ou plutôt déjà elle) ont une si grande place? La réponse de Mme de La Fayette est assez pessimiste, ou plutôt elle est de nature tellemement morale qu'elle nous échappe presque aujourd'hui: il faut choisir le renoncement.  Je crois sincèrement que cette option était encore plausible, vraisemblable, au XVIIe siècle. On a du mal à y croire aujourd'hui, mais quand elle nous apparaît, elle nous transperce de son exigence.

J'explicite un peu en racontant l'histoire (de toute façon, je suppose que tout le monde ou presque l'a lu au moins une fois, vu que c'est le cas de NS lui-même). Privée de l'appui spirituel de sa mère (Mme de Chartres, qui meurt au début du roman), Mme de Clèves croit rencontrer l'amour en la personne de l'homme le plus en vue de la cour, M. de Nemours. Le pire, finalemement, c'est que lui aussi croit l'aimer alors qu'il n'est que piqué par le défi que représente une femme si jeune,  si belle, si vertueuse et surtout que tout le monde rêve d'avoir.
Une aventure malheureuse d'une dame de la cour, dont la réputation est perdue à cause de la vantardise de son amant, ouvre les yeux de Mme de Clèves. Elle comprend que ce n'était pas l'amour, mais la vanité qui l'a liée à M. de Nemours, que cette vanité l'a conduite à blesser mortellement son jeune mari, qui était le seul à l'aimer réellement. Elle croyait qu'elle était au-dessus des autres femmes, elle se rend compte que, par ce désir justement d'être au-dessus des autres, elle est comme toutes les femmes. Elle renonce au monde. Elle renonce à la tyrannie du désir.

Pour moi, elle y renonce vraiment; Comme je l'ai dit, ça paraît tellement incroyable aujourd'hui qu'on croit qu'elle le fait par suprême vanité, pour se rendre inaccessible, pour rester à jamais pour son "amant" et pour le monde en général un objet de désir au-dessus du commun. Finalement, au lieu de guérir, elle s'enfoncerait plus loin dans le mal, en quelque sorte. Je sais que c'est l'analyse, par exemple du réalisateur de "La belle personne", Christophe Honoré. Mais personnellement je ne suis pas d'accord. Je crois qu'il y a une VRAIE conversion de la princesse de Clèves à la fin car tout y concourt: son éducation, l'expérience qu'elle fait dans le roman du faux renoncement à travers le célèbre aveu à son mari. Elle ne va pas vers le néant, elle va vers le sens et l'amour vrai, loin du narcissime de la cour.

J'ai conscience que cette inteprétation se discute (je fais fort, 2 polémiques dans le même article), mais pour moi c'est celle qui donne son sens plein à ce chef d'oeuvre, que je vous invite à relire et à re-relire. 

Publié dans Critiques de livres

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La cerise 30/04/2009 18:36

merci la mite orange, c'est gentil ;)
oui je me suis lancée très récemment! J'essaierai de mettre à jour régulièrement histoire que ce soit un peu intéressant à suivre...

La mite orange 30/04/2009 18:28

Je ne savais pas que tu avais un blog!!!
C'est sympa l'idée de noter des bouquins.
Hop, dans mes favoris ;o)
Bises

La cerise 29/04/2009 16:24

Merci beaucoup pour ton commentaire (tu permets que je te tutoie, entre fans de la princesse ;) )! Ca me fait plaisir que qqn d'autre aie la même interprétation. J'ai mis du temps à comprendre ce roman. En fait à la première lecture, je ne l'avais pas compris, je croyais que Mme de Clèves renonçait par orgueil à l'amour (même si je ne le formulais pas aussi clairement), et cette fin si contraire aux comédies romantiques que j'affectionne me révoltait! :)

Alexandra 29/04/2009 14:59

Oui entièrement d'accord, le choix final de la princesse me semble très fort et sincère, loin de l'hypocrisie de la cour.